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Le 30 septembre 1999, je rencontre Cédric pour la première fois.

La demande faite en Juin 2000, vient de ses parents pour remplacer de temps en temps la maman au domicile. En septembre, la demande persiste mais a évolué. En effet, Cédric ne pouvant plus séjourner chez lui, est placé dans un établissement de soins, choisi pour sa proximité du domicile familial. Après un diagnostic de PESS, il est paralysé du côté gauche, a perdu l’usage de la parole.

La première rencontre s’effectue avec une accompagnatrice chevronnée alors que je suis novice et malgré toutes les mises en garde de ma formation initiale, prise au piège du « bon modèle », je recherche des modes de communication plus adaptés aux 16 ans de Cédric, même si ses réactions ne correspondent pas à son âge réel. De janvier à mars, je m’autorise enfin à agir avec Cédric selon ce que je ressens.
Je m’interroge de plus en plus sur ce que peuvent être les attentes d’un garçon de 16 ans, même et surtout si son état contrarie ses désirs. Je perçois des moments de tristesse sur lesquels je pose diverses hypothèses, notamment celle d’une amélioration qui peut le faire davantage souffrir de ses limites. En avril, je suis un peu désemparée, me demandant si mes visites ont un quelconque intérêt pour Cédric. Il reste que les échanges téléphoniques avec sa maman sont positifs et qu’elle souhaite que je continue à le rencontrer.

Relisant les notes que je prends après chaque rencontre, je trouve pour la première fois en septembre 2000 la raison qui m’a amenée à poursuivre cette relation : « comment permettre à Cédric de rencontrer des jeunes de son âge ? ». Je pense à son ancien établissement scolaire et demande l’avis des parents qui sont d’accord à condition que ce ne soit pas des jeunes qu’il a connus. Ils ne souhaitent pas s’occuper eux-mêmes des contacts à prendre, mais m’en délègue le soin et me suggère de prendre la musique comme outil de médiation, ce qui s’avèrera génial pour Cédric.

Je parle de ce projet au groupe de parole Albatros « Accompagnement à domicile », qui m’encourage à le poursuivre. Je pars pour six mois de démarches obstinées pendant lesquelles le chef d’établissement du collège, sa secrétaire et les élèves sollicités sont les artisans de l’issue que voici :

Le 28 mars 2001 : Clémentine, Laurent et Florent jouent dans la chambre de Cédric guitare et piano et chantent avec talent. Moment d’émotion intense. Je tiens la main de Cédric qui révèle une participation totale à ce qui se passe, rythmant de tout son corps le tempo.

J’ai ressenti à ce moment notre inscription dans un « invisible réellement présent », formé de tout l’investissement de chaque acteur de cet aboutissement. Merci Cédric pour ce que j’appelle « un instant d’éternité ».

Depuis, Cédric a été admis dans une Maison d’Accueil Spécialisé, au milieu de jeunes et moins jeunes, qui ne sont pas dans notre normalité. Le personnel est complètement motivé. Il me semble que Cédric est maintenant dans le meilleur environnement possible pour continuer son chemin spécifique parmi nous et que sa famille peut, en partie, confier à cette institution, le soin de l’aider à poursuivre sa route. Aux toutes dernières nouvelles, les jeunes maintiennent leur présence musicale régulière au bénéfice de Cédric et de ses compagnons de vie. Je suis émerveillée de la qualité avec laquelle ils assurent leur engagement. Nous pouvons garder confiance en l’avenir de notre humanité.

En ce qui me concerne, je considère que l’accompagnement dont j’ai été chargée s’achève, ce qui n’empêche pas que Cédric fait définitivement partie de mon histoire et que je continue à demander de ses nouvelles, non comme bénévole mais à titre personnel.

J’ai tenu à relater ces trois années de cheminement pour dégager les leçons que j’en reçois. Il est important d’écouter son propre ressenti plutôt que de chercher à imiter un modèle, quelles que soient les qualités dont il nous paraît pourvu. Lorsque l’on a dégagé et validé un objectif, il y a lieu de persister, de croire au temps et de solliciter les ressources humaines environnantes pour qu’il aboutisse. Il arrive un moment où il est opportun d’arrêter un accompagnement qui n’a plus lieu d’être. Et si surgit en route une expérience inattendue, pourquoi ne pas l’accueillir simplement comme un cadeau, en mettant de côté, pour une fois, la toute puissante raison ?

Françoise Badinier, le 9 octobre 2002


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