Je parle de ce projet au groupe de parole Albatros
« Accompagnement à domicile », qui m’encourage
à le poursuivre. Je pars pour six mois de démarches
obstinées pendant lesquelles le chef d’établissement
du collège, sa secrétaire et les élèves
sollicités sont les artisans de l’issue que voici
:
Le 28 mars 2001 : Clémentine, Laurent et Florent jouent
dans la chambre de Cédric guitare et piano et chantent
avec talent. Moment d’émotion intense. Je tiens
la main de Cédric qui révèle une participation
totale à ce qui se passe, rythmant de tout son corps
le tempo.
J’ai ressenti à ce moment notre inscription
dans un « invisible réellement présent
», formé de tout l’investissement de chaque
acteur de cet aboutissement. Merci Cédric pour ce que
j’appelle « un instant d’éternité
».
Depuis, Cédric a été admis dans une
Maison d’Accueil Spécialisé, au milieu
de jeunes et moins jeunes, qui ne sont pas dans notre normalité.
Le personnel est complètement motivé. Il me
semble que Cédric est maintenant dans le meilleur environnement
possible pour continuer son chemin spécifique parmi
nous et que sa famille peut, en partie, confier à cette
institution, le soin de l’aider à poursuivre
sa route. Aux toutes dernières nouvelles, les jeunes
maintiennent leur présence musicale régulière
au bénéfice de Cédric et de ses compagnons
de vie. Je suis émerveillée de la qualité
avec laquelle ils assurent leur engagement. Nous pouvons garder
confiance en l’avenir de notre humanité.
En ce qui me concerne, je considère que l’accompagnement
dont j’ai été chargée s’achève,
ce qui n’empêche pas que Cédric fait définitivement
partie de mon histoire et que je continue à demander
de ses nouvelles, non comme bénévole mais à
titre personnel.
J’ai tenu à relater ces trois années
de cheminement pour dégager les leçons que j’en
reçois. Il est important d’écouter son
propre ressenti plutôt que de chercher à imiter
un modèle, quelles que soient les qualités dont
il nous paraît pourvu. Lorsque l’on a dégagé
et validé un objectif, il y a lieu de persister, de
croire au temps et de solliciter les ressources humaines environnantes
pour qu’il aboutisse. Il arrive un moment où
il est opportun d’arrêter un accompagnement qui
n’a plus lieu d’être. Et si surgit en route
une expérience inattendue, pourquoi ne pas l’accueillir
simplement comme un cadeau, en mettant de côté,
pour une fois, la toute puissante raison ?
Françoise Badinier, le 9 octobre 2002 |